des leçons pour les mamans
hier soir était un grand soir.
ma fille, ma V. de 8 mois et une semaine a fait quelque chose de grand et de neuf.
je rentrais du boulot pom popom popom, elle était confortablement installée sur ses grosses fesses à croquer le sol, trois jouets un jouet dans la bouche comme d’hab.
et là.
elle m’a vue.
moi.
la seule, l’unique, qui compte pour elle plus que tout.
oui, moi.
et là.
elle a TENDU les BRAS (les deux en même temps) vers moiiiiiiiiiiiiiii.
autant vous dire que ça m’a chamboulée de l’intérieur (j’étais un peu cramoisie de dedans vous voyez quoi…).
en fait, je n’y ai pas cru, elle qui la veille ne faisait (quasi) que manger, sourire, pousser de petits cris stridents et nous tirer les cheveux, eh bien elle venait de tendre bien distinctement les bras dans ma direction, l’œil alerte, le sourire aux lèvres, pour que je la prenne dans mes bras (qui venaient de m’en tomber), ce que je me suis empressée de faire, totalement sous le choc.
(bon, j’étais tellement sous le choc que je l’ai immédiatement reposée sur le sol pour vérifier que ça marchait bien. je lui ai retendu les bras et elle aussi !! et elle a même penché le buste en avant, comme ça, toujours avec le même sourire aux lèvres, la même bonne humeur tout ça, et un petit gloussement quand je lui ai quasiment mordu le coup d’excitation).
et puis.
toute à mon excitation (disons les choses comme elles sont), lorsque mon mari est arrivé à la maison vers une heure indue 20h30, j’ai voulu lui faire vivre l'expérience inouïe (si si) que je venais moi-même de vivre.
j’ai commencé ma mise en scène, reposant V. par terre (qui commençait sérieusement à se demander ce que j’avais à la prendre et à la reposer toutes les 5 minutes, tout en poussant de temps en temps de petits cris hystériques).
Moi à lui « regarde regarde ! »
Moi à V. « éh oh V. !! coucou tu viens voir maman ? »
je tends les bras.
elle tend les bras. Tout le monde est content.
Moi… et lui (nous deux ensemble, d’une seule voix, comme deux niais, surtout moi sachant que ça faisait bien une demi-heure que je la prenais et la reposais, sous les yeux incrédules et désolés de mes deux grandes filles) « oohhhh c’est trooooop mignoooooon !! ».
Moi à lui « tu veux essayer ? »
Lui « oh oui ! »
reposage de l’enfant qui commence à en avoir sacrément marre.
Lui « éh oh V., tu viens voir papa ? »
V. rien.
Lui « éh oh V., tu viens voir papa ? »
V. rien. un petit sourire. et puis rien.
Lui « ben, viens voir papa… »
Moi à lui « tu sais, en même temps, elle me l’a déjà fait plusieurs fois (une vingtaine en fait). peut-être qu’elle est fatiguée… tu verras, demain ça marchera ! »
Lui « bon, il est temps de la coucher là non ? on mange quoi au fait ? »
Moi à Moi (« le pauvre tout de même, en même temps, c’est quand même MOI sa mère, oh le pauvre tout de même, hi hi hi… »).
bref.
cette histoire pourrait parfaitement s’arrêter là. tout le monde (ou presque hein hein…) serait content.
MAIS elle a une suite.
de ses suites qui pourraient, en deux toutes petites secondes, faire perdre le moral à toute mère normale.
la scène se passe ce matin dans le salon.
V. est confortablement installée sur le sol (comme la veille en gros). elle a le ventre bien rempli. la couche propre. elle est joyeuse. je prends mon café en attendant la nounou.
laquelle arrive quasiment en sifflotant (c'est pour illustrer le fait que tout va vraiment super bien).
et là, scène de liesse : V. retrouve la nounou, la nounou retrouve V. c’est la folie.
et moi, qui pourtant en suis à mon 3ème enfant et sais pertinemment que les choses importantes, c’est toujours avec les nounous D’ABORD que les enfants les vivent, tout simplement parce que si les mères étaient là pour les vivre, ces choses importantes, ben elles n’auraient pas besoin de nounou, ben oui.
et ben moi, j’ai naïvement pensé que cette fois ci, cette minuscule petite nouvelle chose, je l’avais vécue la première, avant tout le monde (bon, avant mon mari, ça c’est clair, le pauvre, mais bon).
et ben non.
et le pire, c’est que, voulant faire ma fière devant la nounou, j’ai refait ma petite mise en scène, dès qu’elle est entrée dans le salon, en lui promettant qu'elle allait voir un truc de dingue, en commençant par reposer V. par terre (oui, à ce stade, V. a quasiment parlé juste pour me demander d’arrêter ce manège qui durait depuis la veille), puis en lui tendant les bras.
alors, oui, elle m’a tendu les bras, bien grands (je confirme que ça fonctionne toujours avec moi).
et là, j’ai dit « vous avez vu ça E. ? hein, vous avez vu ce qu’elle fait ? »
et là, la nounou m’a dit avec un petit air gêné « oui j’ai vu ça, c’est fou ! »
et moi j’ai dit « mais vous avez DEJA vu ça ? genre avant ? »
et elle, toujours gênée « ben oui hier je crois ou peut-être il y a deux jours… »
moi (regard de folle) « ah… ah bon… hein super ! elle est forte hein ? » (désemparement interne)
elle, attendrie, adorable, voulant tout faire pour faire passer la pilule devant la si grande déception que j’essayais de cacher tant bien que mal « oh oui » – effectuant de petits cercles avec son index autour de sa tempe droite et opinant du chef – « et puis, là haut, ça tourne vite hein, elle est drôlement futée cette petite ». (ou comment détourner l'attention d'événements décevants en mettant l'accent sur des choses valorisantes...)
mais le plus important dans tout ça, c’est que j’aurais pu, une fois dans le métro, tourner en boucle sur le mode « ma fille préfère sa nounou – ma fille préfère sa nounou – ma fille préfère sa nounou… » et bien non. ce qui m’est venu à l’esprit c’est plutôt « ma fille a la chance d’avoir une nounou super chouette, c’est parfois dur dur je le reconnais de bosser beaucoup et de ne pas toujours être là mais V. comme ses sœurs est gardée par une nounou aimante, bienveillante, attentive, généreuse… bref, j’arrête là...
je ne sais comment conclure si ce n'est en disant qu'évidemment , ma V. est un génie et que ce soir, elle a tendu les bras non seulement à son père mais également à sa grand-mère et en vous montrant un dessin très émouvant qu'a fait de moi ma grande A. (7 ans), émouvant j'ai dit ? on dirait que j'ai de la barbe non ?
allez bisous bisous
